Cumul emploi-retraite: avec la réforme 2026, le dispositif change en profondeur. Est-il encore intéressant de travailler tout en percevant sa pension de retraite? ( crédit photo : Getty Images )
Sommaire:
- Cumul emploi-retraite intégral ou plafonné: comment fonctionne le dispositif actuel?
- Le cumul emploi-retraite sera moins intéressant à partir de 2027
- Quelle stratégie adopter après la réforme?
Cumul emploi-retraite intégral ou plafonné: comment fonctionne le dispositif actuel?
Les retraités qui le souhaitent ont la possibilité de reprendre ou de poursuivre une activité professionnelle rémunérée après la liquidation de leur retraite. Les conditions dans lesquelles ils peuvent cumuler ces nouveaux revenus avec leur pension de retraite sont encadrées par la loi. On distingue deux situations: le cumul intégral et le cumul plafonné.
- Le cumul intégral :
Les personnes ayant atteint l’âge légal de départ à la retraite et bénéficiant d’une retraite à taux plein peuvent reprendre une activité rémunérée sans plafond de revenus tout en continuant à percevoir l’intégralité de leur pension de retraite. C’est ce que l’on appelle le «cumul intégral». De plus, la réforme des retraites de 2023 a introduit la possibilité d’acquérir, sous certaines conditions, de nouveaux droits à la retraite en cas de reprise d’une activité. Les cotisations obligatoires permettent de bénéficier d’une seconde pension de retraite au moment de la liquidation définitive de la retraite. Cette pension complémentaire est limitée à 5% du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 2403 euros bruts par an pour 2026.
- Le cumul plafonné :
Le cumul plafonné concerne les personnes n’ayant pas atteint l’âge légal de départ à la retraite ou ne disposant pas du nombre de trimestres de cotisations requis pour obtenir une retraite à taux plein. La somme de la pension de retraite et des revenus professionnels ne doit pas excéder le dernier salaire mensuel brut, ou 160% du Smic, soit 2 916,85 euros bruts par mois pour 2026, si cette limite est plus favorable. Dans le cas contraire, le montant de la retraite de base est réduit à concurrence du dépassement, et le versement de la retraite complémentaire est suspendu. Les nouveaux revenus ne permettent pas d’acquérir de droits supplémentaires pour la retraite. En outre, le jeune retraité doit respecter un délai de carence de 6 mois avant de pouvoir retravailler chez son ancien employeur.
Le saviez-vous? Environ 710.000 personnes ont bénéficié du cumul emploi-retraite en 2020, selon l’enquête Emploi Insee 2021. Les revenus d’activité qui en sont issus se sont élevés en moyenne à 9000 euros par an.
Le cumul emploi-retraite sera moins intéressant à partir de 2027
La loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2026 a procédé à une refonte des règles du cumul emploi-retraite à partir du 1er janvier 2027. Remis en cause par la Cour des comptes, le dispositif est jugé complexe, trop coûteux et engendrait des «effets d’aubaine». Le nouveau régime distingue trois cas de figure selon l’âge de l’assuré:
- Avant l’âge légal de départ à la retraite (carrières longues incluses): Les revenus d’activité sont intégralement déduits de la pension de retraite. À titre d’exemple, un retraité qui perçoit une pension de 2000 euros bruts par mois, et 1000 euros bruts de revenus issus de la reprise d’une activité, verra sa pension réduite à 1000 euros bruts par mois. La possibilité d’acquérir de nouveaux droits à la retraite à raison de l’activité est supprimée.
- Entre l’âge légal de départ à la retraite et 67 ans (âge du taux plein automatique): Le cumul emploi-retraite est autorisé, dans la limite d’un plafond avoisinant 7000 euros bruts par an (le montant doit être fixé prochainement par décret). Si les nouveaux revenus excèdent ce plafond, la pension est écrêtée à hauteur de 50% du dépassement.
Exemple: un retraité perçoit 10.000 euros bruts par an grâce à sa reprise d’activité. Sa pension est amputée de: (10.000 - 7000) / 2, soit 1500 euros bruts par an.
- À partir de 67 ans: Au-delà du 67e anniversaire, le cumul emploi-retraite est autorisé sans délai de carence et sans plafond. Les cotisations obligatoires prélevées sur les nouveaux revenus permettent d’acquérir des droits supplémentaires pour la retraite. Le montant de la seconde pension de retraite n’est pas plafonné.
Quelle stratégie adopter après la réforme?
Les nouvelles règles durcissant le recours au cumul emploi-retraite vont pénaliser les retraités de moins de 67 ans souhaitant continuer à exercer une activité professionnelle. La réforme ne s’appliquera que pour les personnes faisant valoir leurs droits à la retraite à partir du 1er janvier 2027. Cela signifie que toutes les personnes ayant liquidé leur retraite avant cette date continueront à bénéficier des règles en vigueur aujourd’hui. Par conséquent, tous les actifs pouvant prétendre à un départ en retraite doivent s’interroger sur l’opportunité d’une liquidation avant la fin de l’année 2026 pour bénéficier des règles actuelles.
- Sont particulièrement concernés les assurés nés entre janvier et mars 1964, qui peuvent faire valoir leurs droits à la retraite dès leurs 62 ans et 9 mois à la faveur de la suspension de la réforme des retraites de 2023.
- Les personnes plus jeunes pouvant se prévaloir d’une carrière longue peuvent elles aussi s’interroger sur l’opportunité d’un départ à la retraite en 2026. Les revenus liés à une reprise d’activité seront plafonnés, mais la situation demeure plus avantageuse que les règles qui entreront en vigueur au 1er janvier 2027. Une fois l’âge légal atteint, leur cumul emploi-retraite deviendra intégral.
Les futurs retraités envisageant de recourir au cumul emploi-retraite ont tout intérêt à effectuer une simulation de départ, même s’ils ne disposent pas des 170 trimestres de cotisation nécessaires. En effet, il peut être plus favorable de partir à la retraite dès à présent, même avec une décote. Il est également envisageable de racheter des trimestres au titre des études supérieures ou des années de cotisation incomplètes.
- La décision de liquider sa retraite avant fin 2026 dépend de la situation, l’âge et du projet d’activité post-retraite. Il est indispensable d’y réfléchir le plus tôt possible car les démarches administratives prennent du temps. C’est également l’occasion de faire un point global sur le patrimoine pour l’adapter à ces futurs changements.
Faut-il envisager la retraite progressive?
Face au durcissement des règles du cumul emploi-retraite, la retraite progressive devient mécaniquement plus attractive. Ce dispositif accessible dès 60 ans permet de réduire son temps de travail et de percevoir une partie de sa pension tout en continuant à cotiser. L’arbitrage avec le cumul emploi-retraite dépend de multiples facteurs: âge, montant de la pension, niveau de revenus envisagé après la retraite mais aussi projet professionnel. Les modalités des deux dispositifs diffèrent et la retraite progressive est plus difficile à mettre en œuvre, notamment dans les petites entreprises.
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